Après le concert
On peut encore marcher
Lou, 32 ans, et Sacha, 35 ans. Les pronoms peuvent être choisis librement.

Ça fait vingt minutes que le concert est fini. Devant la salle, quelqu’un cherche un vélo dont le phare clignote au fond du parking. Lou a encore les bouchons dans une main. Sacha relit le programme, plié en quatre, comme si une chanson de plus pouvait s’y cacher.
« Tu savais qu’ils allaient la jouer, celle-là ? » Ce n’est pas vraiment une question. Sacha fait non de la tête. C’est comme ça que ça a commencé, au milieu du rappel. Maintenant, soit on trouve autre chose à se dire, soit on se dit au revoir.
Le tram est annoncé dans sept minutes. Lou peut encore l’attraper. À la place, {A} demande s’il reste un endroit pour boire un truc. Sacha montre un comptoir au bout de la rue. « Le café est moyen. Les banquettes, moins. »
Dedans, la machine fait un bruit de train. {THEY} prennent une tisane et un chocolat, puis se disputent la dernière part de gâteau, sans vraiment se disputer. Sacha coupe de travers. Lou se retrouve avec la plus grosse moitié, et laisse faire.

{THEY} parlent des concerts ratés, d’un appart aux murs trop fins, d’un voisin qui apprend la trompette. Le téléphone de Lou vibre. Le tram arrive. Lou le retourne sur la table.
« T’as un truc, demain ? » Sacha pose ça comme si la réponse comptait peu. Lou dit oui : des courses, une lessive, le genre de programme qu’on défend très mal. Sacha sourit. Il reste une trace de chocolat sur la tasse.
Leurs mains se retrouvent près de l’assiette vide. Lou pose un doigt sur le dos de celle de Sacha, et attend. Sacha retourne la paume. Après ça, la phrase sur la trompette ne sort plus.
Quand le serveur commence à empiler les chaises, le message est passé. Dehors, l’air frais les fait rire sans raison. Le tram d’après, dans douze minutes. « On peut encore marcher », dit Lou. Sacha ne lâche pas sa main.

Au coin de la rue, {they} changent de direction sans se le dire. Il reste du gâteau sur le pouce de Lou, un air qu’on n’arrive plus à retrouver, et quelques minutes que personne n’a envie de compter.